Quand la science prend de l’avance sur les tricheurs

Lors d'un symposium à Montréal, la semaine dernière, l'Agence mondiale antidopage a fait le bilan sur ses méthodes de lutte les plus perfectionnées. L'agence a particulièrement insisté sur les récentes détections du FG-4592.

Le FG-4592, ou Roxadustat selon son appellation commerciale, est une petite molécule mise au point par la biopharmaceutique californienne FibroGen. Encore en phase de recherche clinique, donc théoriquement interdit à la consommation humaine, le FG-4592 est destiné aux patients souffrant d’anémie ou de maladies rénales chroniques.

L’intérêt pour les athlètes ? Le FG-4592 stabilise les « facteurs induits par l’hypoxie » (HIF), en d’autres termes, le message que le corps est en déficit d’oxygène. « C’est le signal à l’organisme qu’il faut libérer de l’EPO », résume Olivier Rabin, directeur science à l’Agence mondiale antidopage (AMA). Ce produit est actuellement toujours en phase de recherche clinique car sa mise au point est complexe et ses effets secondaires encore mal maitrisés.

C'est le resserrement des relations entre l’AMA et l’industrie pharmaceutique, une priorité pour le scientifique depuis son entrée en poste en 2002, qui a permis la création rapide d’un test de détection pour le FG-4592.

« Si on veut passer d’un mode réactif à un mode proactif, souligne le Dr Rabin, il faut vraiment savoir ce que les gens développent comme substances et nouveaux médicaments potentiels qui deviendront les substances dopantes de demain. »

« On connaît ces médicaments des années avant qu’ils ne soient sur le marché. » — Olivier Rabin, directeur science à l’Agence mondiale antidopage (AMA).

Si l'industrie pharmaceutique était à l’origine très réticente à ce type de collaboration pour des raisons de secret industriel, les relations avec l'Agence Mondiale Antidopage, dont le Dr Rabin est issu, se sont considérablement ouvertes depuis une conférence à Tokyo, au début de l’année.

« On a sondé ces industriels, on a dit : “Vos molécules nous créent du souci, est-ce qu’on peut travailler ensemble ?” C’est ce qu’on a fait. »

Ce travail collaboratif a permi l’ajout rapide du FG-4592 à la liste des substances interdites du Code mondial antidopage.